L’impact du transport collectif et de la gestion de la demande pour améliorer la mobilité entre Montréal et la Rive-Sud

Résumé de l’étude commandée par la Commission de consultation sur l'amélioration de la mobilité entre Montréal et la Rive-Sud

Yves Bussière (INRS-UCS), Paul Lewis (Université de Montréal), Marie-Hélène Vandersmissen et Paul-Y. Villeneuve (Université Laval)

le 5 février 2002

Face aux problèmes de congestion, la réponse a souvent été d’augmenter la capacité du réseau routier ou des réseaux de transport collectif. Mais il existe d’autres possibilités pour améliorer la mobilité; la gestion de la demande constitue sans doute l’une des pistes les plus intéressantes à explorer. L’étude que nous avons réalisée propose une évaluation de l’intérêt des mesures de gestion de la demande et de transport collectif, pour améliorer la mobilité entre Montréal et la Rive-Sud.

La démarche proposée s’appuie sur trois grandes étapes :

1. Une revue critique de la littérature relative à l’impact d’une augmentation de l’offre de transport collectif des différentes mesures de gestion de la demande disponibles.

2. Une analyse de la situation montréalaise depuis 1987, centrée sur les déplacements en pointe matinale entre la Rive-Sud et le reste de la région métropolitaine de Montréal, de même qu’une analyse de l’évolution possible des déplacements d’ici 2021, sur la base du scénario tendanciel du ministère des Transports du Québec.

3. Une analyse de l’impact de différentes solutions pour satisfaire à la demande future de déplacements en pointe matinale entre la Rive-Sud et le reste de la région métropolitaine de Montréal, sur la base de la littérature. Cette analyse est complétée d’un exercice sommaire de sensibilité des différentes mesures, afin de mesurer l’ampleur de l’impact possible sur la demande future, à horizon 2021, entre Montréal et la Rive-Sud.

La mobilité entre Montréal et la Rive-Sud de Montréal est rendue de plus en plus difficile avec l’augmentation de la congestion; la situation risque encore de s’aggraver, d’ici 2011, mais pourrait s’améliorer par la suite, compte tenu de l’évolution démographique que connaîtra la région de Montréal. En effet, la faible croissance et le vieillissement de la population entraîneront une réduction de la demande en déplacements, du moins durant les heures de pointe du matin. Et cela même si la part du transport en commun continuait de diminuer, au profit de l’automobile.

En effet, l’autonomie croissante de la Rive-Sud, par rapport au reste de la région, se traduirait par une réduction des déplacements en direction des secteurs centraux, situés sur l’île de Montréal. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant la fin de la congestion, qui dépend d’autres facteurs, notamment du transport des marchandises.

L’évolution prévisible des déplacements n’est pas sans conséquences sur le développement des transports en commun, puisqu’il est plus difficile de desservir les destinations de la Rive-Sud, que le centre de l’agglomération, compte tenu de l’organisation actuelle des réseaux. S’il faut améliorer la desserte en transport en commun, de simples mesures de gestion de la demande pourraient aussi permettre d’améliorer sensiblement la mobilité entre Montréal et la Rive-Sud.

En comparaison d’autres agglomérations d’Amérique du Nord, la part de marché du transport collectif demeure élevée à Montréal, malgré la baisse enregistrée au cours des dernières années. Mais cela ne signifie pas pour autant que la situation ne peut être améliorée. Pour les déplacements qui se destinent hors du centre de l’agglomération, la part du transport en commun est souvent faible. Le problème est d’autant plus significatif que ce sont ces déplacements qui sont en hausse. S’il faut continuer à améliorer l’offre de transport en commun vers le centre de l’agglomération, il faut également l’améliorer en direction des nouvelles destinations – des pôles plus ou moins bien structurés – qui se sont développées en banlieue, sur l’île et hors de l’île de Montréal. La difficulté est toutefois dans l’éclatement de ces pôles et, surtout, dans leur étalement, qui rend difficile et, surtout, coûteuse, la desserte en transport en commun.

La gestion de la demande vise à réduire la circulation automobile, durant les pointes, en modifiant les comportements des automobilistes. Les mesures de gestion de la demande, souvent peu coûteuses, touchent à toutes les dimensions des déplacements : le besoin de se déplacer, le choix du mode de déplacement, le choix du trajet ou encore le choix du moment du déplacement. Parmi les mesures les plus souvent avancées, on retiendra : le covoiturage, la tarification des déplacements, le télétravail et la flexibilisation des horaires de travail. Les mesures de gestion de la demande les plus efficaces sont celles qui agissent sur le coût du déplacement (péage, tarification du stationnement, etc.) ou encore sur l’offre de stationnement. Le covoiturage présente également un grand intérêt, surtout dans le cadre de programmes-employeurs. Chacune des mesures de gestion de la demande n’a souvent qu’un faible impact; mais, combinées, elles peuvent faire la différence. Même s’il apparaît difficile d’en déterminer l’impact sur le long terme, on peut penser que de simples mesures de gestion de la demande, comme le covoiturage et une meilleure gestion du stationnement, permettraient une amélioration de la mobilité, compte tenu de l’évolution attendue des déplacements dans les années à venir.

Une meilleure gestion de la demande s’impose donc, même si les gains au plan de la mobilité ne sont pas toujours très importants. Deux raisons principales militent en faveur d’une gestion de la demande. Premièrement, la gestion de la demande permettrait d’améliorer l’accessibilité pour l’ensemble de la population, mais plus particulièrement pour les populations non motorisées; dans un contexte de déconcentration des emplois et des activités, la question mérite réflexion. Deuxièmement, des mesures de gestion de la demande pourraient être mises en place à un coût en général assez faible. Il est donc essentiel que l’on tente de mieux gérer la demande, tout comme il est essentiel de continuer à améliorer la desserte en transport en commun, pour assurer la mobilité de tous les Montréalais.
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